Espoirs de Coronthie : "La France n’est pas le Paradis"
Écrit par Stéphane Andrieu/ m-la-music.netLes Espoirs de Coronthie tournent en France. Et se méritent. D’abord programmé en novembre, le groupe avait alors connu des avatars dignes d’une tournée d’un groupe de rock, avec un camion récalcitrant qui tombe deux fois en panne dans la même journée, les obligeant à annuler purement et simplement leur concert de Pau, bloqués à plus de deux cents kilomètres de là.
C’est presque le même scénario qui se répète maintenant : panne de gasoil à quelques encablures de la salle de concert, comme une malédiction. Il en faudra plus pour entamer le moral du groupe qui délivrera sur scène un concert électrique et tapageur, et nous accueille dans des loges encombrées, enfumées, généreuses et africaines.
C’est le début de votre tournée française, vous êtes ici depuis quand ?
Les Espoirs Ca fait cinq ans qu’on tourne !!!
Ce n’est pas trop dur de tourner pendant cinq ans comme ça ?
Les Espoirs Le groupe a débuté en 1992. Ca fait vingt ans qu’on est ensemble. Ca ne peut pas être dur, parce qu’on se connaît. On tourne surtout en Afrique de l’Ouest, en Guinée et dans les pays limitrophes. Ca fait trois semaines qu’on est arrivés ici.
Ca doit être la fête quand vous retournez à Conakry…
Les Espoirs Bien sûr, là bas, c’est chez nous, c’est notre cité. On est vraiment connus là-bas.. Même les petits enfants nous connaissent.
Quand vous retournez à Coronthie, est-ce que ce n’est pas vous qui êtes maintenant porteurs d’espoir ?
Les Espoirs C’est nous maintenant qui donnons une image de la Guinée, et pourquoi pas un peu de l’Afrique, en commençant par notre quartier.
Vingt ans après, vous continuez à jouer sur des instruments traditionnels. Vous ne vous êtes pas posés la question de passer à des musiques plus urbaines ?
Les Espoirs Bien sûr, on aime bien l’idée de fusion, mais on aime garder notre nature, conserver notre tradition. On ne joue pas que sur des instruments traditionnels, on a incorporé la guitare, la guitare électrique, le clavier et le banjo, mais le fond reste traditionnel.
Vous êtes parfois qualifiés de punk. Qu’est-ce que vous entendez par là ?
Les Espoirs Le style, les vêtements. Quand tu nous vois comme ça, tu ne te dis pas que nous faisons de la musique traditionnelle. C’est le mode de vie aussi ; il y a un esprit très communautaire dans le groupe et une énergie au quotidien et sur scène. Quelque chose de chaud, de très punk.
Il y a un message alternatif chez vous ?
Les Espoirs Il y a un engagement par rapport à la Guinée, à une sorte d’espoir.
Antoine Amigues Ils ont grandi à Coronthie, je les ai rencontré là-bas, on a monté des tournées en France et ils ont découvert la réalité d’ici. L’esprit serait plutôt de donner un reflet de ce qu’est la vie en France et en Occident et briser les clichés comme quoi ce serait le paradis. Il faut parler de la réalité d’ici pour pouvoir prendre du recul sur la Guinée, et développer des messages plus politiques en Guinée. C’est un message difficile à entendre.
Vous avez enregistré votre dernier album aux studios Bogolan de Bamako. Qu’est-ce que vous avez ressenti en enregistrant là-bas ?
Les Espoirs Ca nous a fait du bien de partager le même studio qu’Ali Farka Touré, Oumou sangaré. Il y a surtout la qualité, qualité de son, de studio, qualité musicale. On a vraiment pris du plaisir à travailler là-bas.
Est-ce que vous avez pensé toucher un nouveau public avec cet album ?
Les Espoirs Oui, c’est pour ça qu’on est partis à Bamako, pour travailler avec d’autres musiciens, dans un autre studio. On avait fait deux albums auparavant, mais c’est pour ça qu’on est partis à Bamako, pour enregistrer un album international, diffusé en Europe. De grands artistes ont enregistré à Bamako, on a fait l’échange du studio avec Oumou sangaré. Il y a vraiment un son.
Qu’attendez-vous du prochain album ?
Les Espoirs On veut attraper l’Europe. On a déjà le public africain, pourquoi pas le public européen ? Mais ce n’est pas facile, il y a des passages obligés. On va faire cet album, il y a déjà six titres, et encore six à enregistrer.
Où enregistrez-vous cette fois-ci ?
Les Espoirs On enregistre à Lyon au studio Supadope (studio associatif à l’initiative des musiciens du Peuple de l’Herbe, ndlr). On a essayé de travailler avec eux, mais ils étaient occupés à préparer leur album, leur tournée. Peut-être avant de partir….
Que pensez-vous de l’accueil du public français ?
Les Espoirs Pour bien attraper le public français, il faut vraiment beaucoup travailler. Il faudrait qu’on travaille aussi la langue. Les Espoirs ne chantent qu’en Soussou. Il faut qu’on chante en Français et peut-être en Anglais aussi, avoir une démarche internationale.
samedi 28 avril 2012




